
Palantir, fondée par Peter Thiel et Alex Karp, est l’entreprise américaine qui surveille le monde entier à travers ses données. Ses logiciels analysent des informations pour anticiper les menaces et orienter les décisions des États et des institutions privées.
Palantir, fondée par Peter Thiel et Alex Karp, est l’entreprise américaine qui surveille le monde entier à travers ses données. Ses logiciels analysent des informations pour anticiper les menaces et orienter les décisions des États et des institutions privées.
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Palantir est née d’une obsession, éviter le prochain 11 septembre. Fondée en 2003, dans l’Amérique traumatisée par les attentats, l’entreprise se donne une mission, aider les agences de renseignement et de sécurité à exploiter leurs données pour détecter des menaces, terroristes en premier lieu.
À sa tête, deux figures centrales de la Silicon Valley, Peter Thiel, cofondateur de Paypal et Alex Karp, philosophe de formation devenu PDG. Les débuts sont laborieux auprès des investisseurs privés, c’est grâce à In-Q-Tel, le fonds de capital-risque de la CIA, que Palantir trouve rapidement un point d’ancrage et le soutien institutionnel nécessaire à son développement.
Des logiciels qui organisent la surveillance globale
Ses logiciels, Gotham, Foundry, Apollo et AIP, croisent et analysent des millions de données, qu’elles soient biométriques, téléphoniques, bancaires, satellitaires ou issues des réseaux sociaux. L’objectif est d’anticiper les menaces, planifier des opérations militaires ou influencer des décisions politiques. Mais au-delà de cette efficacité technique, Palantir se distingue par une ambition systémique. Ses outils ne se contentent pas d’agréger des données : ils organisent et structurent les flux d’informations stratégiques des États, participant à une surveillance globale dont les implications interrogent sur la souveraineté nationale et la définition même de la sécurité.
Quand les logiciels commencent à dicter la stratégie
Gotham croisent des données hétérogènes pour repérer des tendances ou des connexions que personne ne pourrait voir à partir des données brutes. Par exemple, les trajectoires financières, les mouvements de populations, les réseaux sociaux ou les interactions entre acteurs étatiques et non-étatiques.
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Foundry transpose cette puissance au secteur privé et aux institutions civiles, centralisant et modélisant des flux d’informations stratégiques. Dans des secteurs allant de la logistique industrielle à la santé publique, l’entreprise permet d’anticiper des crises et d’influencer sur des décisions à l’échelle internationale. Apollo et AIP automatisent le déploiement et l’analyse, garantissant la continuité et la précision dans des environnements isolés, sensibles ou soumis à des contraintes opérationnelles extrêmes.
Cette omniprésence technologique gagne de plus en plus d’influence auprès des institutions. Palantir ne se contente plus de vendre des logiciels, elle tend à instaurer une forme de dépendance stratégique. Ce qui commence par une aide peut progressivement devenir un moyen de contrôle. Concrètement, ces systèmes redéfinissent la manière dont les États hiérarchisent leurs priorités sécuritaires, planifient leurs interventions et coordonnent leurs alliances. Palantir contribue à modifier le rapport de force traditionnel. La souveraineté ne se joue plus uniquement sur le terrain militaire ou diplomatique mais aussi dans l'accès et le contrôle des informations.
La technologie comme enjeu géopolitique et économique
La montée en puissance de Palantir ne peut se comprendre sans regarder son succès financier. Longtemps reléguée aux marges de la Silicon Valley, l’entreprise s’impose en 2024, puis au premier semestre de 2025 comme la valeur la plus performante du S&P 500. Entre 2020 et 2024, son chiffre d’affaires augmente de plus de 160% tandis que son résultat net s’installe durablement dans le positif.
Depuis l’élection de Donald Trump, le chiffre d’affaires de Palantir explose, ses marges atteignent des niveaux exceptionnels. Ses principaux actionnaires : Vanguard, BlackRock, State Street et Peter Thiel lui-même donnent à l’entreprise un poids économique et politique important. Palantir renforce sa présence au sein de nouvelles structures de l’État comme le Département de l’Efficacité Gouvernementale (DOGE), placé sous la direction d’Elon Musk. En août l’armée américaine accorde à Palantir un accord-cadre pouvant atteindre 10 milliards de dollars sur dix ans, consacrant son intégration au cœur de l’infrastructure militaire américaine.

Au centre de cette stratégie se trouve Peter Thiel. Figure majeure de la Silicon Valley et soutien de Donald Trump, il défend une vision où la démocratie libérale est jugée impuissante face aux menaces contemporaines. La sécurité et la puissance, portées par la domination technologique l’emportent sur les droits civiques. L’entreprise affirme œuvrer pour les “bons camps”, légitimant ses partenariats militaires et policiers.
Les contrats noués avec le FBI, le département de la Défense, l’ICE (la police de l’immigration américaine récemment accusée de nombreuses bavures) mais aussi avec des services de renseignement alliés tels que la DGSI française montrent la capacité de Palantir à s'imposer auprès d’États dépourvus d’alternatives souveraines. Cette dépendance technologique se mue en levier géopolitique. En se présentant comme efficace et utile contre le terrorisme, la société diffuse en réalité un modèle américain de surveillance.
Controverses, données sensibles et contrôle des sociétés
La société se trouve régulièrement au centre de polémiques. Le piratage de HBGary par le groupe de hacker Anonymous en 2011, qui a exposé près 50 000 courriels internes révélant un projet de cyberattaques et de campagnes de désinformation contre WikiLeaks est un scandale qui expose la manière dont Palantir mène des opérations à la fois secrètes et ciblées. Plus récemment encore il y a eu le scandale autour de la NHS britannique. Palantir est chargé de la Federated Data Platform, la plus vaste infrastructure de données jamais déployée par le système de santé, impliquant la gestion de millions d’informations médicales sensibles. Mais l’entreprise, en tant qu’acteur privé poursuit ses propres objectifs, imposer ses méthodes, contrôler l'accès aux données et organiser l’infrastructure selon ses logiques internes. Le manque de transparence de Palantir a ravivé la méfiance sur l’usage de ces données et montré les dangers de confier des infrastructures vitales à des entreprises privées.
Guerre, surveillance migratoire et avenir de la souveraineté numérique
Sur le plan militaire, Palantir fournit à Tsahal et à l’armée ukrainienne des outils de ciblages automatisés. Ses systèmes permettent de planifier des opérations avec une précision et une rapidité inaccessibles à un opérateur humain. Chaque décision de ciblage ou d’évaluation de menace s’appuie en partie sur cette entreprise. Ce basculement soulève des questions éthiques et politiques majeures.
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Aux États-Unis, les programmes de surveillance migratoire, comme “Catch and Revoke” de l’ICE, s’appuient sur l’IA de Palantir pour identifier, suivre et prioriser les expulsions. Ces pratiques ont été dénoncées par Amnesty International et d’autres ONG comme des violations de droits fondamentaux. Les algorithmes déterminent en grande partie qui est surveillé ou expulsé, transférant le contrôle des populations à une technologie hors de portée de la supervision citoyenne.
Ces polémiques ne sont pas de simples incidents isolés. Par ses contrats, sa technologie et son alignement idéologique, Palantir évolue au sein d’un modèle dans lequel l’efficacité des algorithmes prime sur la souveraineté nationale et la responsabilité démocratique. L’entreprise normalise une surveillance globale. Elle influe sur la prise de décision et peut, à terme, réduire l’autonomie des États alliés. Aujourd’hui, la souveraineté ne se mesure plus seulement sur le plan politique mais dans le contrôle des infrastructures algorithmiques. La vigilance démocratique ne peut se limiter aux lois et aux régulations, elle doit s’exercer directement sur les systèmes qui organisent et orientent les décisions de l’État.
Illustration générée par IA
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