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Nassima Auvray, directrice de la sécurité et de la défense à Orange Business, revient sur la place des femmes dans les métiers de la tech. Invitée de l’émission L’Angle d’Attaque pour l’épisode “Défense, pourquoi le rôle du privé sera crucial”, elle parle de la représentation des femmes dans le secteur du numérique.

Dès le début de son parcours, Nassima Auvray explique n’avoir jamais douté de sa légitimité dans les disciplines scientifiques. “J’ai toujours adoré les mathématiques et la physique parce que je les ai toujours abordés de manière ludique”, confie-t-elle. Très tôt, elle a abordé ces matières plus comme des espaces d’expérimentation que des disciplines abstraites ou scolaires. Une curiosité intellectuelle qu’elle a conservée au fil des années, en dehors même de tout cadre académique ou professionnel. 

Nassima Auvray / Photo : David Marmier

Aujourd’hui encore, elle continue d’explorer ces domaines par plaisir. Parfois le week-end, elle cherche à comprendre les phénomènes qui l’entourent, en mobilisant des formules mathématiques ou des notions de mécanique des fluides. Cette relation libre et décomplexée aux sciences, fondée sur l’envie de comprendre plutôt que sur la performance, a structuré son rapport aux métiers techniques. Elle explique ainsi n’avoir jamais perçu ces carrières comme réservées à un genre. “À aucun moment je ne me suis dit que ce n’était pas un métier fait pour les filles”, souligne-t-elle. 

Comment l’autocensure des filles dès le plus jeune âge freine leur accès aux métiers de la tech

Ce rapport décomplexé aux sciences contraste fortement avec les échanges que Nassima Auvray entretient aujourd’hui avec de jeunes filles. Lors de discussions avec des collégiennes ou des lycéennes, elle dit être régulièrement frappée par leurs retours. “Elles se mettent des barrières, elles intériorisent aussi un certain nombre de biais”, observe-t-elle. Des freins invisibles mais puissants, qui s’installent parfois dès le plus jeune âge et orientent inconsciemment les choix scolaires. 

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Pour beaucoup, les disciplines scientifiques restent associées à un imaginaire masculin. “Elles considèrent, pour la plupart, que les mathématiques ou la physique, ce n’est pas fait pour elles et que c’est fait pour les garçons”, souligne-t-elle. Une perception qui ne repose ni sur les réelles capacités ni sur les performances scolaires, mais sur des constructions sociales profondément ancrées, alimentant une autocensure. 

Nassima Auvray avec Yasmne Douadi / Photo : David Marmier

Pour la dirigeante, les réponses doivent être apportées bien en amont de l’enseignement supérieur. “Le constat que j’ai fait, c’est que ça commence très jeune”, affirme-t-elle. Selon elle, le système éducatif joue un rôle central dans la construction des représentations et des ambitions professionnelles. Elle plaide notamment pour des actions simples mais importantes, comme “davantage mettre en avant des figures inspirantes de femmes scientifiques”. L’objectif est de montrer que les réussites dans les sciences, l’ingénierie ou le numérique ne sont pas genrées et que femmes et hommes ont également la capacité de s’épanouir et d’y exceller. Une visibilité accrue qui permettrait d’élargir le champ des possibles pour les jeunes filles au moment des choix d’orientation. 

Des chiffres clés qui révèlent la sous-représentation des femmes dans la tech et l’ingénierie

Cette réalité est confirmée par des données chiffrées. En tant que membre du conseil d'administration de l’ENSTA, Nassima Auvray s’est penchée sur la place des femmes dans les formations d’ingénieurs. “On était à peu près à 30% de jeunes femmes dans la filière d’ingénieur, rappelle-t-elle, en s’appuyant sur une étude nationale datant de 2023. Un chiffre déjà minoritaire, qui révèle un déséquilibre persistant. 

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Mais la situation est encore plus marquée dans certains secteurs clés. Sur le numérique, on descend quand même à 17%, précise-t-elle. Une sous-représentation particulièrement problématique alors que ces domaines concentrent aujourd’hui des enjeux majeurs en matière de cyberdéfense, de protection des infrastructures critiques et de souveraineté technologique. Ces chiffres traduisent un décalage persistant entre l’importance stratégique du numérique et la diversité des profils qui y accèdent.

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La question des leviers institutionnels est également abordée. Nassima Auvray fait référence à “un rapport sorti en février 2025”, mené conjointement par l’Inspection générale des finances et l’Inspection générale de l’éducation, des sports et de la recherche. Parmi les recommandations formulées figurent notamment “une question de quota”, pensée comme un outil d’incitation et d’accompagnement. Sans présenter cette mesure comme une solution miracle, elle y voit un moyen de “lever un certain nombre de barrières” encore bien présentes.

Le rôle stratégique des entreprises privées pour promouvoir la mixité dans les métiers de la tech

Au-delà de l’action publique, Nassima Auvray insiste sur la responsabilité des acteurs privés. “Les entreprises ont leur rôle à jouer”, affirme-t-elle, tant pour accompagner les jeunes femmes que pour anticiper les évolutions rapides des métiers. Dans un contexte de transformation technologique permanent, “les métiers d’aujourd’hui ne seront pas les métiers de demain en matière numérique”, rappelle-t-elle.

Nassima Auvray / Photo : David Marmier

Face à ces mutations, les entreprises doivent être en capacité de proposer des programmes ambitieux, capables de faire évoluer les compétences des collaborateurs. Pour la directrice de la sécurité et de la défense, attirer davantage de femmes dans ces secteurs ne suffit pas, il est tout aussi important de leur offrir des perspectives d’évolutions durables, à la hauteur des défis stratégiques à venir. Elle évoque également d’autres sujets abordés dans l’émission, comme la cyberdéfense, la souveraineté technologique ou l’accompagnement des jeunes talents dans le numérique. Pour en savoir plus, l’épisode complet est disponible sur la chaîne YouTube de Riskintel Media.

Lysandre Martin
Journaliste RISKINTEL MEDIA