Miniature YouTube montrant Eva Chen, CEO de Trend Micro, et Yasmine Douadi discutant de l’impact de l’intelligence artificielle sur la cybersécurité et la protection des données.

Cybersécurité et IA : la vision stratégique d’Eva Chen pour protéger l’avenir numérique

Publié le
20 February 2026
Restez connectés aux idées qui comptent
Recevez nos émissions en avant-première, accédez aux coulisses des débats, et rejoignez les professionnels qui façonnent l’écosystème Cyber, Tech et Défense.
S’inscrire à la newsletter
Flèche violet foncé pointant vers le haut sur un fond blanc.

À l’ère de l’intelligence artificielle, la cybersécurité évolue plus vite que jamais. Eva Chen, cofondatrice et CEO de Trend Micro, partage sa vision stratégique pour protéger les entreprises et anticiper les menaces. Entre architecture agentique, digital twins et formation des utilisateurs, l’IA devient un levier clé pour sécuriser l’avenir numérique.

Depuis plus de trois décennies, Eva Chen, cofondatrice et CEO de Trend Micro, observe de près l’évolution fulgurante de la technologie. Aujourd’hui, elle estime que l’humanité se trouve à un nouveau point de bascule : l’intelligence artificielle (IA) redéfinit à la fois notre quotidien, l’économie mondiale, et les fondements mêmes de la cybersécurité.

Eva Chen / Photo : David Marmier

Une pionnière à la croisée des mondes technologique et philosophique

Issue d’un parcours atypique, Eva Chen a commencé par des études de philosophie, une discipline qu’elle rapproche des mathématiques et de l’intelligence artificielle dans leur quête commune de compréhension du monde. Comme elle le résume : “Vous savez quelque chose et à partir de là, le reste de la théorie se construit.

À lire aussi : Groenland : anatomie d’une guerre hybride informationnelle et numérique

Depuis les débuts de l'informatique personnelle jusqu'à l'ère de l'IA générative, elle a toujours défendu l'idée que la technologie devait être un outil d'émancipation : “Je trouve que c’est une si belle chose qui s’est produite au sein de l’humanité, parce que nous pouvons maintenant échanger librement et apprendre beaucoup plus d’informations qu’auparavant.

L’IA : une rupture comparable au smartphone

Pour Eva Chen, l’IA représente une transformation aussi fondamentale que celle qu’a apportée le smartphone : “Personne ne peut nier que le pouvoir de l’IA va changer notre société.

Eva Chen et Yasmine Douadi / Photo : David Marmier

Tout comme le smartphone, l’IA s’immisce dans notre langage, nos habitudes et nos outils de travail. Elle agit comme une couche invisible, omniprésente, qui redéfinit la manière dont nous interagissons avec la technologie. Elle crée de nouveaux écosystèmes économiques et des modèles d’affaires disruptifs, tout en soulevant des questions liées à la protection des données personnelles, à la transparence des algorithmes et à la nécessité d’une régulation adaptée.

Chen insiste : “Bien sûr que nous devons utiliser l’IA pour la sécurité !”. Les cybercriminels, eux, n’attendent pas pour tirer parti de ces nouveaux outils.

Une refonte complète de l’infrastructure logicielle

À mesure que l’IA s’impose, elle bouleverse l’architecture logicielle classique. Désormais, la donnée devient la fondation de toute application. Savoir d’où viennent les données, comment elles sont traitées, qui y a accès, devient une exigence de résilience et de performance.

À lire aussi : Comment assurer la continuité d’activité face aux crises : blackout, cyberattaques et pandémies

Les vulnérabilités deviennent comportementales, exploitant l’interprétation des modèles plutôt que des failles techniques. Parmi les menaces émergentes : la prompt injection, où un utilisateur manipule la logique d’une IA pour contourner les filtres de sécurité. Ces attaques montrent que la défense doit comprendre les logiques internes des modèles, pas seulement prévenir l’intrusion technique.

La cybersécurité reste une affaire humaine

Malgré l’accélération technologique, Eva Chen rappelle que l’humain reste la cible la plus vulnérable : “Pour un hacker, le moyen le plus simple c’est de pirater les personnes plutôt que de pirater le système.

Le phishing et le Shadow AI, où des employés utilisent des outils comme ChatGPT sans l’accord de leur service informatique, illustrent ces risques. La solution n’est pas la censure mais l’intégration intelligente de l’IA : certaines entreprises créent des “zones de confiance” internes pour expérimenter en protégeant les données critiques.

La sensibilisation et la formation continue deviennent essentielles pour renforcer la résilience humaine face aux deepfakes vocaux, emails parfaits et usurpations contextuelles.

Une architecture agentique : clé d’une IA maîtrisée

Trend Micro mise sur une architecture agentique avancée : “Je pense que l’IA agentique est une architecture très importante, et toute organisation qui souhaite utiliser l’IA doit développer son propre agent.

Eva Chen / Photo David Marmier

Les digital twins permettent de simuler des attaques sur des répliques fidèles de l’environnement réel, transitionnant la cybersécurité de la défense à l’anticipation proactive. Chaque agent possède sa spécialisation, améliorant la détection des menaces et l’adaptation aux contextes spécifiques. Cette modularité ouvre la voie à un système immunitaire numérique agile et évolutif.

Partenariat avec NVIDIA : sécuriser l’IA et s’en servir

Grâce aux puissances de calcul des GPU de NVIDIA, Trend Micro peut prédire et prévenir les attaques avant qu’elles ne surviennent, concrétisant le projet Minority Report imaginé il y a vingt ans.

À lire aussi : Réseaux sociaux interdits aux mineurs : les VPN bientôt ciblés par la régulation numérique ?

Trend Micro collabore aussi avec NVIDIA pour identifier les failles critiques, comme les Zero Days, dans les infrastructures IA.

Une cybersécurité en mutation continue

Trend Micro est aujourd’hui une plateforme complète couvrant cloud, serveurs, applications et IA. Sa solution Vision One offre une visibilité continue sur les systèmes et leurs vulnérabilités.

L’intégration de l’IA transforme les métiers de la cybersécurité : les analystes deviennent superviseurs d’algorithmes, concentrant leur expertise sur l’interprétation et la prise de décision stratégique. Chen souligne que beaucoup d’entreprises ignorent encore leurs failles : l’IA permet désormais de cartographier les actifs, simuler les attaques et prioriser les défenses, pour anticiper les menaces au lieu de les subir.

Emilien Pau
Journaliste RISKINTEL MEDIA