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OpenAI a commencé à tester l'intégration de publicités dans ChatGPT, une nouveauté qui devrait générer de nouveaux revenus dans une industrie très coûteuse. Ce changement intervient dans un contexte de coûts techniques considérables : faire fonctionner des modèles comme ChatGPT exige des infrastructures massives, une énergie importante et des capacités de stockage capables d'absorber des milliards de requêtes chaque mois.

Dans le numérique, rien n'est jamais vraiment gratuit. Google en est l'exemple le plus emblématique : lancé en 1998 comme un moteur de recherche simple et gratuit, il a rapidement gagné en popularité grâce à la pertinence de ses résultats. Dès 2000, l'entreprise a mis en place AdWords, un système permettant aux annonceurs de payer pour apparaître dans les résultats de recherche. Progressivement, la publicité est devenue la principale source de revenus de Google. En 2023, les revenus publicitaires de Google ont atteint 237,8 milliards de dollars, soit la deuxième plus faible croissance des deux dernières décennies, selon The Media Leader. Sur l'ensemble de cette même année, 76 % des revenus d'Alphabet provenaient de la publicité, soit 307 milliards de dollars de chiffre d'affaires total comme l'affirme InformatiqueNews. Un modèle qui a transformé un outil d'accès à l'information en machine économique ultra rentable.

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Pour OpenAI, la situation est comparable. Les abonnements ChatGPT Plus ou ChatGPT Business couvrent une partie des coûts de fonctionnement, mais pas l'ensemble, surtout face à la demande croissante et à la compétition entre IA. Avec 800 millions d'utilisateurs mensuels mais seulement 5 % d'abonnés payants, OpenAI affiche des pertes cumulées dépassant 13,5 milliards de dollars au premier semestre 2025, selon Silicon L'entreprise dépend encore des investissements extérieurs, comme celui de Microsoft, par exemple.

Comment fonctionne concrètement ce modèle publicitaire ?

OpenAI prévoit de tester la publicité aux États-Unis, sur la formule gratuite et la formule Go de ChatGPT, afin de rendre l'accès à l'IA plus abordable à l'échelle mondiale, tout en protégeant la confidentialité, la confiance des utilisateurs et la qualité des réponses comme l'a affirmé la firme. Les annonces ne s'affichent pas sur des contenus sensibles, comme la santé mentale ou la politique. Les abonnements premium (Plus, Pro, Team et Enterprise) restent, eux, entièrement préservés de toute publicité.

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Les projections internes d'OpenAI tablent sur 1 milliard de dollars de revenus publicitaires dès 2026, pour atteindre 29 milliards en 2029, soit 20 % de son chiffre d'affaires total, selon le Blog du Moderateur.

Sur X, Sam Altman, le PDG, a détaillé cette stratégie : « Nous croyons que tout le monde mérite d'utiliser l'IA et nous sommes engagés pour un accès gratuit, car nous croyons que l'accès crée de l'agentivité. »  Il assure par ailleurs que les conversations des utilisateurs resteront privées et ne seront jamais vendues aux annonceurs.

Une perte de neutralité ?

L'un des principaux atouts de ChatGPT était jusqu'ici la sensation d'un échange impartial. L'arrivée de publicité modifie ce fonctionnement. Les publicités peuvent influencer inconsciemment la perception des réponses et fragiliser la confiance de l'utilisateur. Selon OpenAI, les annonces n'influenceront pas le contenu généré.

Sur Internet, les changements s'installent rarement d'un coup. Ils avancent par étapes. Aujourd'hui, les publicités dans ChatGPT sont limitées. Demain, si les tests sont jugés concluants en termes de revenus, rien n'empêche qu'elles deviennent plus fréquentes ou plus intégrées à l'expérience. Ce scénario n'a rien d'extraordinaire : les grandes plateformes numériques ont toujours ajusté leurs formats publicitaires en fonction des performances et des réactions du public.

Des révélations internes ont d'ailleurs semé le trouble : des employés auraient évoqué la possibilité de donner un "traitement préférentiel" aux contenus sponsorisés dans les réponses du chatbot, une pratique qu'OpenAI s'est d'ailleurs empressée de démentir.

Le Super Bowl, terrain de bataille inattendu

Cette polémique a pris une dimension publique lors du Super Bowl. Anthropic a diffusé une publicité avec le slogan « Les publicités arrivent dans l'IA. Mais pas chez Claude », en référence directe aux projets publicitaires d'OpenAI.

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Sam Altman a répondu sur X : « La bonne partie des publicités d'Anthropic : elles sont drôles, et j'ai ri. Mais je me demande pourquoi Anthropic irait pour quelque chose d'aussi clairement malhonnête. » Il a rappelé que la stratégie d'OpenAI ne consiste pas à intégrer des formats intrusifs ou trompeurs, et que les publicités seraient toujours clairement séparées des réponses de l'IA.


Anthropic a d'ailleurs retouché son spot du Super Bowl diffusé à l'antenne, remplaçant l'attaque directe envers OpenAI par une formule plus neutre : « La publicité a son temps et son lieu, mais vos conversations avec une IA n'en font pas partie. »

ChatGPT, futur concurrent de Google ?

L'un des axes centraux de la transformation numérique concerne la manière dont on accède à l'information. De plus en plus d'internautes se tournent vers ChatGPT pour obtenir une réponse rapide à une question générale, parfois avant de consulter un moteur de recherche classique.

Près de la moitié des usages de ChatGPT correspondent à des questions que les gens posaient auparavant à Google, un signal fort sur le basculement des habitudes de recherche, selon PomptFacile.

Pour autant, l'écart reste très important. Google gère approximativement 5 000 milliards de requêtes par an, soit entre 13,7 et 16,4 milliards par jour, tandis que ChatGPT traite environ 2,5 milliards de requêtes quotidiennes d'après Tom’s Hardware. ChatGPT ne remplace donc pas encore Google, mais il agit comme un complément pour certains types de besoins : réponses rapides, synthèses ou explications. Certains utilisateurs affirment même qu'ils commencent leur recherche sur l'IA avant d'aller vérifier ou approfondir sur un moteur traditionnel.


En début 2026, ChatGPT comptait entre 800 et 900 millions d'utilisateurs actifs hebdomadaires, représentant environ 10 % de la population mondiale adulte explique Thunderbit. Une croissance remarquable, mais Google reste la source dominante en volume brut de recherches.


La vraie question n'est pas seulement de savoir si ChatGPT peut devenir le nouveau Google, mais comment cette évolution redéfinira notre rapport à l'information et si, demain, nous continuerons à chercher par nous-mêmes ou à laisser un assistant conversationnel tracer le chemin.

Lysandre Martin
Journaliste RISKINTEL MEDIA